Sparrow The Movement -Interview (français)


Par yvan Durraive, le 4 Août 2014



Sparrow The Movement

Interview

Le «Master of Ceremony» Fla-Fla (Jamar Giddins) secondé de Dre Sparrow, DJ et Producteur (Andre McKnight), constituent Sparrow the Movement. Ils travaillent de près avec SIX2SIX Records de Baltimore (USA), et se définissent eux-mêmes comme un collectif dont la vocation est de créer une musique fraîche, pure et novatrice. En créant un son unique qui se veut inspirer du divin, ils se démarquent du rap «mainstream», de sa normalité et de sa répétitivité.
Fla-Fla, né à New York, NY, et Dre, né à Baltimore, MD, sont venus à se rencontrer en 1993 au travers d’une connaissance commune, ami d’enfance de Fla-Fla et ami de confrérie de Dre au collège. Les parents de Dre lui ont acheté une SP-1200 pour Noël, alors que Fla-Fla, qui était signé chez une major qui a ensuite fait faillite, a vu son groupe s’effondrer. Le reste fait partie de l’histoire. Le contact avec SIX2SIX a été tout aussi naturel que l’est leur musique. Les starting-blocks sont remplis de MC qui rappent ensemble depuis leur enfance. Ils viennent maintenant tous en force se hisser au niveau supérieur.

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Six2Six Records (Baltimore) rencontre SWC-RECORDS pour la première fois après deux ans de collaboration. A l’aéroport de Genève , le 19 Septembre 2013, prêts à monter sur scène pour la SWC Night. De gauche à droite: DJ Cutt, DRE, EAGLE (SWC-RECORDS), M.I., JPowell, ROME, SUPREME et FLA FLA.

Yvan : Hello Fla, comment tu vas aujourd’hui ?

Jamar : Je vais bien. J’ai eu des vacances d’été et pu ainsi me concentrer sur toutes ces idées que j’avais en tête et les mettre sur papier. Je vais pouvoir retourner au studio avec des projets déjà bien assemblés et ce avant que les cours ne reprennent. Je ne peux pas me plaindre, ma femme et ma fille vont bien (il réfléchit). Qui écouterait de toute manière ? (rires).

Tu rappes depuis la fin des années huitante. Quels cours peux-tu avoir besoin de suivre ?

(Rires). OK, tu t’étais préparé. Mais tu sais, souvent le quotidien prend le dessus. Ma fille a eu besoin d’attention, garder mon job et obtenir mon certificat sont vite devenus mes objectifs principaux. Bien que les cours étaient ma priorité, mon travail m’a demandé tant que j’ai dû choisir, et j’ai délaissé les cours. Quand SIX2SIX m’ont contacté en 2010, il a alors été clair qu’il me fallait sortir de l’ombre, arrêter d’avoir peur et me montrer pour ce que je suis vraiment. Je suis un artiste. Et j’existe uniquement lorsque je crée. C’est alors que le «SIX2SIX shift» (cette expression signifierait en français «en fraction de 6 à 6», sur un horaire de 24 / 24h) a commencé. Ayant toujours voulu enseigner aux plus jeunes, c’est aussi alors que j’ai repris les cours.

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Fla-Fla de Sparrow the Movement devant la peinture de Miles Davis par Secret Paint. Sur scène pour la SWC Night 2013. Supreme dans le fond.

Maintenant que tu as plus de temps à consacrer au studio, est-ce que de nouveaux morceaux arrivent bientôt ?

SIX2SIX sort déjà des nouveautés tout le temps ! (Rires). Et maintenant que nous avons créé S.W.SIX, en collaboration avec SWC-Records, basés en Suisse, nous avons atteint un débit de haut vol. Nouveaux singles, nouvel album (Jacob’s Theology – ndlr album qui est depuis sorti en cd et disque vinyle), tour en Europe… Il y a plusieurs choses qui se profilent sur un horizon proche.

Comment décrirais-tu le label S.W.SIX ?

Nous avons trouvé chez SWC des alliés de haute facture. DJ Eagle est un ami cher et un bon leader. Je pense par exemple aux projets de M. Mat, L’Expert ou encore Dreem qui sont des albums très aboutis.

« Tu sais, les disques vinyl sont tellement liés à la création de la musique moderne et la bonne préservation de l’histoire du son qu’ils ne disparaîtront jamais. »

Comment vois-tu le futur ?

Nous avons enregistré de nouvelles chansons avec SWC et nous avons prévu de sortir un album S.W.SIX dès 2016 sur lequel l’entier du Global Platoon (Set Rule, ROME, Constant Deviants et nous) et tout le crew SWC (Eagle, EXP, L’Affaire et Monosickhop&DJ Impact) mettront de leur personne. J’ai aussi enregistré plusieurs chansons pour un nouvel album de Sparrow appelé «Golgotha». (Pensif).
Nous travaillons à l’instinct. Nous n’avons aucune obligation quant à la publication de notre travail, et nous n’avons aucun besoin qui nous y oblige, seule l’envie de partage nous amène à constamment vous amener de nouveaux matériaux. Voilà aussi pourquoi certains projets prennent du temps à voir le jour, et nous sortirons les projets quand nous sentirons le moment venu. Nous mettons actuellement beaucoup d’énergie à faire des concerts ici en Amérique du nord mais aussi en Europe. SIX2SIX y est déjà venu deux fois ; septembre 2013 et février 2014, malheureusement sans moi sur ce dernier voyage pour des raisons personnelles.

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Montbenon, Lausanne, Suisse. Vue sur le lac Léman. SIX2SIX x SWC pour S.W.SIX, réunis pour la SWC Night 2013. De gauche à droite: Secret Paint, Bab2, Big-C, M.I, Rome, DJ Cutt, L’Expert, Set, Dre, FLa Fla, JPowell, Mr. Mat et Laura.

Je suis tombé sur une vidéo de toi l’autre jour. C’était un clip de musique d’un groupe appelé The Runaway Slaves daté de 1992. Que te rappelle de cette aventure ?

Ce fut une expérience incroya­ble. Nous sommes partis en tour et avons fait la première partie d’artistes tel que Scarface, Black Moon, et Brand Nubian. Nous sommes passés dans les journaux et avons été interviewés, c’était un premier pas inespéré dans le milieu de la musique. Cela a été incroyable. Tout cela s’est d’ailleurs passé avant que je rencontre Dre. (Il réfléchit).
Savage Records, le label sur lequel j’étais signé, était distribué au travers de BMI, et nous avons fini collègues de David Bowie et du légendaire Just-Ice. Nous avons enregistré un maxi-single appelé «Booty Mission» en 1992 et enregistré un album complet. Le label a malheureusement fait faillite avant que l’album ne sorte.

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Dre Sparrow (Sparrow the Movement) et Jonathan Rüetschi (aka Secret Paint, SWC-Records) devant la peinture de Miles Davis par JR. SWC Night 2013, backstage.

C’est donc durant cette période que tu as rencontré Dre ?

Exactement. Alors que nous enregistrions l’album de mon groupe d’alors, The Runaway Slaves, un ami m’a dit que Dre aurait des «beats» qui m’intéresseraient. Ce que ce dernier m’a présenté était si incroyable qu’il a finit avec trois de ses productions sur l’album.
Le premier contrat que l’on a signé ensemble en tant que Sparrow the Movement fut en 1994. Un ami commun à Dre et moi est le fondateur du label Da Hill Record sous lequel nous avons enregistré un maxi-single appelé «Inheritance b / w The Chase». Sparrow a décidé de ne pas enregistrer l’album qui devait logiquement en découler puisque le label, alors qu’il le voulait tant, ne faisait aucune promotion pour notre groupe. Le label se sépara de nous. Da Hill Records a alors sorti dans l’urgence l’album d’un autre groupe puis a fait faillite. C’est ensuite que j’ai travaillé plus intensément avec Dre.

Musicalement, les productions sur lesquelles tu rappes sont complexes. Comment abordes-tu le travail d’écriture ?

J’écoute une production musicale, puis écris en fonction du premier mot qui me vient à l’esprit ; et je ne me permets pas de le remettre en question. Le «beat» m’inspire et me donne une vision ; seulement alors je crée.

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A Paris avant que les concerts ne commencent – l’un à Music Avenue et l’autre à l’Etnika, le mardi 24 Septembre. De gauche à droite: Hugo (Paris Reality Check), Eagle (SWC-Records), M.I (Constant Deviants), One Speaker Supreme (Global Platoon), FLa Fla (Sparrow the Movement), DJ Cutt (Sparrow the Movement, Global Platoon), Rome (Global Platoon) et JPowell (JPowell Media).

Comment décrirais-tu Sparrow the Movement ?

Nous cherchons à produire une musique pure et authentique qui élèvera, embrassera, éclairera et donnera de la force aux autres. Accessoirement, poussera aussi tous les «wack» mc’s à quitter le rap. (Rires). Nous nous inspirons de nos croyances qui nous poussent à atteindre l’excellence. Cela nous amène aussi à être différents, voire mis à l’écart.
Le premier album de Sparrow the Movement jamais sorti, appelé « Physics », en 2013, pressé en disque vinyl sous SIX2SIX Records, est un parfait exemple de cet esprit, et le public l’a ressenti puisqu’il s’est vendu très vite. Cela a été un vrai succès, je ne sais comment vous remercier autrement qu’en allant faire des performances live partout où je peux. Tout ce que nous voulions, c’est faire le meilleur album possible.

« D’après moi, notre musique reflète les anciens. D’après moi, nous nous devons d’être. Nous ne pouvons pas nous contenter d’avancer sans créditer tous ceux qui ont amené le hip-hop là où il est actuellement. »

Ton album, vendu 59 dollars par SIX2SIX Records en 2013, entièrement écoulé sur votre bandcamp et pas repressé depuis, est vendu actuellement par des privés de 100 à 199 euros. Quels sont tes sentiments à ce propos ?

Cela pue ! Ce sont pour la plupart les mêmes gens, ceux qui se plaignaient du prix d’achat, qui les revendent par la suite ; ils étaient surtout concernés par leur marge de profit. Ils auraient préféré le voir vendu pour 20$ par SIX2SIX, mais l’auraient toujours vendu 200 $. A la sortie de notre album «Physics», certains petits détails ont fini par monopoliser l’attention. Ces gens triplent leur investissement sur ma musique, ce sont de vrais vautours. Quoi qu’ils en disent, leurs actions les exposent à ce genre de retour. Aussi longtemps que je ne recevrai aucun des profits qu’ils font sur ma musique, qu’ils laissent SIX2SIX gérer leurs affaires. C’est tout ce que j’ai à dire. Merci à tous ceux qui ont soutenu et soutiennent encore aujourd’hui Sparrow the Movement et qui prennent le temps d’écouter ce que nous avons à transmettre en musique. Merci encore à tous ceux, la majorité, qui n’achètent pas pour la revente, je les apprécie énormément.

SWSIX Tour in Bienne, Switzerland
Juste avant que le concert ne commence, à la Coupole, Bienne, Suisse. Sparrow The Movement, SWC Crew (EXP, L’Affaire, Monosickhop, DJ’s Eagle, Handjob, Switchflow & Impact), La Base & Tru Comers, Onur, Foxhound, SWC first ladies, collaborateurs et amis.

La musique moderne reflète-t-elle d’après toi certaines ambiances et messages de la musique de nos ancêtres ?

Moderne ? Je ne sais pas vraiment ce que cela signifie. Nous utilisons des instruments de la fin des années huitante pour sampler des artistes qui jouaient eux-mêmes des années vingt jusqu’à maintenant, et qui utilisaient et utilisent encore des instruments datés d’il y a parfois un millénaire. D’après moi, notre musique reflète les anciens. D’après moi, nous nous devons d’être. Nous ne pouvons pas nous contenter d’avancer sans créditer tous ceux qui ont amené le hip-hop là où il est actuellement, et c’est aussi pourquoi notre concert est une célébration des précurseurs du hip-hop.

Est-ce que cette énergie qui s’éclipse puis s’invite naturellement par période est liée aux disques vinyl ? Bien que les ventes de ces disques aient rejoint une courbe positive, reste que les ventes sont infimes face aux cds que les majors proposent. Est-ce une situation difficile à gérer en tant qu’indépendant ?

Cela fait facilement 10 ans que c’est ainsi, j’ai pu littéralement les voir décliner. Pour dire, je travaillais dans un magasin en 92 et nous vendions plein de disques vinyl chaque jour. Cela n’a jamais découragé ceux qui croient vraiment en leur musique. J’ai malgré tout eu un méchant pincement lorsque j’ai vu mon disque se vendre près de cinquante fois son prix de vente (moins de dix dollars en 1996) quinze ans plus tard en 2006 – et ce sans toucher un centime sur la transaction. C’est environ à cette période que j’ai commencé à retourner en studio avec le SIX2SIX crew. Peut-être que je devrais remercier ces gens ! (Rires). (Pensif).
Tu sais, les disques vinyl sont tellement liés à la création de la musique moderne et la bonne préservation de l’histoire du son qu’ils ne disparaîtront jamais. Peut-être que nous en changerons à nouveau la matière, comme nous l’avons fait dans les années trente avec la cire, mais le support physique et organique sera toujours nécessaire. Tout comme cela est fait dans les studios actuellement au travers de compresseurs gigantesques ou avec le film en photographie ; le concret semble prendre le dessus sur le superficiel. Donc non, je ne dirais pas que c’est un problème, puisque nous vendons. Bien sûr, on peut toujours vendre plus, mais ce à quoi nous aspirons chez SIX2SIX, c’est de satisfaire le client et de voir qu’il nous répond.

Rap et famille, rap et religion, rap et amour. Qu’as-tu à dire à ceux qui s’arrêteraient à ce seul aspect de ton travail ?

Aussi longtemps que ta famille et ta femme te supportent dans tout ce que tu fais, et que tu restes fidèle à toi-même et à tes croyances alors tout ton système ne devient qu’un. Je n’ai pas à séparer mon rap de ma vie. Ma femme et ma fam’ font partie de ce que je dois faire afin de m’accomplir, quoi que ce soit ; un cousin qui manage un shooting photo jusqu’à ma femme qui m’aide à planifier mes journées tâche après tâche. Tout marche au mieux pour le bien de tous. Aussi loin que s’étendent mes croyances, je parle de choses concrètes qui y restent toujours fidèles. Je reste fidèle au hip-hop en y insufflant «my God sound».



Toutes les réponses ont été prises par la force, la corruption,
l’espionnage et la torture. SWC et SIX2SIX pour S.W.SIX.
Questions posées et traduites par yvan Durraive pour Dirtybet ENT.
Photos par Durraive Production
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